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Des odeurs pour redonner de l’appétit aux patients atteints par la maladie d’Alzheimer

Peut-on redonner de l'appétit à des personnes âgées frappées par la maladie d'Alzheimer en les exposant à une odeur alimentaire peu de temps avant leur repas ? C'est ce que suggèrent les premiers résultats d'une étude conduite par des chercheurs du Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA) et des praticiens du Centre Hospitalier de la Haute Côte d’Or (sites de Montbard, Châtillon-sur-Seine et Alise Sainte-Reine).

La maladie d'Alzheimer est en augmentation. © Shutterstock - Angélique Igel-Egalon
Mis à jour le 11/03/2019
Publié le 07/03/2019

L'équipe a étudié l’impact de la diffusion d’une odeur alimentaire avant le déjeuner (amorçage olfactif) sur la prise alimentaire et le comportement à table chez des personnes âgées atteintes de maladie d’Alzheimer. Bien que cet effet reste à confirmer sur le long terme, les résultats ont montré un impact positif de cet amorçage sur la consommation du plat principal, offrant une perspective intéressante pour prévenir et lutter contre la dénutrition au sein de cette population (lire l'article).


  • Contexte et enjeux

La maladie d’Alzheimer (MA) est une pathologie fréquemment associée à des troubles du comportement alimentaire et on estime que 30 à 40 % des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer souffrent de dénutrition (Gillette-Guyonnet et al., 2005 ; Smith & Greenwood, 2008). Dans de nombreuses Unités de Vie Protégée (UVP) où vivent ces patients (ces unités sont des petites structures intégrées aux maisons de retraite, offrant un espace sécurisé et adapté aux patients atteints de la maladie Alzheimer ou d’une maladie apparentée), les repas sont apportés dans un chariot à l’heure du repas.


Cette pratique induit une disparition des repères liés à l’alimentation qui pourraient permettre aux résidents de voir l’heure du repas approcher, une personne en train de cuisiner, des aliments en train d’être préparés, la perception d’odeurs de cuisine, etc. Par ailleurs, l’odeur dominante dans ce type de structure est souvent une odeur de détergent/désinfectant, et ce même dans les minutes qui précèdent les repas. Or, si de nombreux auteurs ont montré une baisse des capacités olfactives chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, notamment une baisse de la capacité à identifier les odeurs, certains éléments indiquent que ces patients restent tout à fait capables de détecter les odeurs lorsque ces dernières sont présentées à des concentrations plus élevées (Doty, 1991 ; Mesholam et al., 1998).


L’objectif de l'étude était d’étudier l’impact de la diffusion d’une odeur alimentaire avant le déjeuner (amorçage olfactif) sur la prise alimentaire et le comportement à table au cours du déjeuner chez des personnes âgées atteintes de maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, vivant en Unité de Vie Protégée. Trente-deux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer vivant en UVP, ont participé à deux déjeuners contrôles (sans odeur) et deux déjeuners expérimentaux, à deux semaines d’intervalle. Pour ces derniers, une odeur de sauté de bœuf était diffusée dans la salle à manger 15 minutes avant le repas. Le menu était strictement le même entre ces quatre repas : carottes râpées, rôti de porc, haricots verts, produit laitier et compote. 


Deux critères ont permis d’évaluer l’effet de l’odeur : une mesure de la prise alimentaire permettant de connaître les quantités consommées et une évaluation du comportement à table par le biais d’une grille d’observation permettant d’évaluer l’accueil fait aux différents plats, la déambulation, les interactions sociales, etc.


  • Résultats

Les résultats indiquent un effet positif de l’amorçage olfactif lors de la première présentation de l’odeur, c’est-à-dire lors de la première comparaison entre la condition contrôle et la condition amorçage : les participants font plus attention au plat principal et consomment davantage de viande et de légumes après avoir été exposés à l’odeur que dans la situation contrôle. Cependant, cet effet significatif de l’amorçage n’est plus observé lors de la deuxième répétition.


  • Perspectives

Ces résultats suggèrent que la présence d’une odeur alimentaire en amont de repas peut stimuler l’appétit et l’envie de manger des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Bien que cet effet reste à confirmer sur le long terme en utilisant différentes odeurs, l’amorçage olfactif reste néanmoins un outil pertinent pour prévenir et lutter contre la dénutrition au sein de cette population.


  • Valorisation :

Sulmont-Rossé, C., Gaillet, M., Raclot, C., Duclos, M., Servelle, M., Chambaron, S. Journal of Alzheimer's Disease, vol. 66, no. 4, pp. 1497-1506, 2018. DOI 10.3233/JAD-180465

  • Contacts :

Stephanie CHAMBARON (stephanie.chambaron-ginhac@inra.fr), Claire SULMONT-ROSSE (claire.sulmont-rosse@inra.fr), UMR CSGA, Centre de Dijon, Département AlimH