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Groupes sociaux agricoles dans la France contemporaine

L’évolution économique et politique de l’agriculture contemporaine modifie non seulement la profession agricole, mais tout autant les modes de vie des agriculteurs.

Paysages Cote d'Or(21). © WEBER Jean
Publié le 04/05/2015

Les groupes agricoles sont ici replacés dans les groupes sociaux d’interaction – cadres, ouvriers, autres indépendants –, à la fois à l’échelle des espaces sociaux localisés et dans la structure sociale nationale.

Après la fin des paysans, la sociologie rurale s’est déplacée vers une sociologie de l’environnement et une sociologie de l’agriculture. Cette dernière est aujourd’hui marquée principalement par l’étude de la profession et des marchés. Le numéro 96 de Sociétés Contemporaines a cherché à décloisonner la sociologie de l’agriculture tant par le choix des objets (modes de vie et interactions avec les autres groupes sociaux) que par l’ouverture à un public académique généraliste de premier plan.

Les enquêtes de ces études se déroulent par ethnographie (entretiens et observations). S'ajoutent à ces données directes, des données statistiques (statistiques descriptives principalement) et des données archivistiques (archives publiques et parfois privées).

Alors même que les vocables de paysan et d’agriculteur voilent le plus souvent la très grande hétérogénéité sociale du groupe agricole, le premier résultat de cette publication est de décrypter les causes économiques et sociales de cette diversité. Selon l’évolution des marchés agricoles par les prix et les modes de commercialisation, certains groupes s’élèvent socialement dans un processus d’embourgeoisement, quand d’autres poursuivent leur paupérisation. On parle d’embourgeoisement pour les fractions hautes de l’agriculture (gros céréaliers, viticulteurs…) car cette ascension sociale est rarement réduite au capital économique et s’articule rapidement avec une accumulation de capitaux culturels (scolarisation plus poussée des enfants, développement de loisirs distinctifs, habitat rénové, fréquentation d’autres franges de la bourgeoisie rurale). Inversement, les destins ouvriers des plus fragiles des agriculteurs, ouvriers-paysans qui gardent une forte singularité au sein du salariat en maintenant une distance à la culture ouvrière, avec une faible adhésion auprès des syndicats et des partis et une plus forte soumission à l’ordre usinier et hiérarchique.Même au cœur de la société salariale contemporaine, on peut encore rester paysan en n’étant plus vraiment agriculteur.

Par ailleurs, les évolutions structurelles générales impliquent de nouvelles différenciations internes aux mondes agricoles. Alors que les agriculteurs ont longtemps été décrits comme rétifs à l’école, celle-ci joue aujourd’hui un rôle pivot dans la certification des compétences professionnelles. Si la transmission familiale reste dominante, l’école ouvre des possibles hier impensables pour de jeunes exploitants hors cadre familial, notamment dans les productions peu gourmandes en foncier et dans les réseaux alternatifs de commercialisation. De même, les rapports entre famille et exploitation ont été entièrement renouvelés avec le déclin du couple agricole et le développement de sociétés agricoles familiales plus larges que le ménage ou le couple agricole. De nombreuses sociétés agricoles assemblent aujourd’hui deux ou trois couples apparentés. Ces évolutions sociales touchent de manière différenciées les groupes agricoles, tout en participant à renforcer ces différenciations.

Ce travail illustre le renouveau de la sociologie des agriculteurs au sein du département SAE2 de l'Inra et à l'UMR CESAER. Cette sociologie des agriculteurs va se prolonger i) par la soutenance de deux doctorats ii) par la publication d’un ouvrage sur l’embourgeoisement de fractions d’agriculteurs, puis d’un ouvrage collectif non plus centré sur le groupe agricole mais sur les interactions entre le groupe agricole et les autres groupes sociaux dans ce que nous nommons les « espaces sociaux localisés ».

 

Contact : Gilles Laferté, UMR CESAER