• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Comprendre la dynamique de changement des agriculteurs par une analyse des réseaux de dialogues professionnels

Les agriculteurs sont amenés à composer de plus en plus avec des exigences de production marquées par la thématique de la préservation de l’environnement. C’est l’orientation majeure des politiques publiques actuelles. Identifier la dynamique de changements à l’œuvre chez ces agriculteurs et comprendre comment cette dynamique est liée aux relations qu’ils peuvent entretenir entre eux, mais aussi avec les agents de l’encadrement technique, au sein de réseaux de relations sociales, devient essentiel pour développer des modes d’intervention pertinents.

Parcellaire agricole aux alentours de Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire, Bourgogne.. © © INRA, SLAGMULDER Christain
Publié le 17/02/2015

Pour conduire des recherches sur cette question des entretiens compréhensifs ont été réalisés auprès des agriculteurs pour connaître leurs pratiques et les liens sociaux qu’ils entretiennent. Nous avons pu ainsi appréhender deux types de réseaux dans la région Bourgogne : des réseaux complets des viticulteurs d’une même commune ;  des réseaux personnels de céréaliers introduisant localement les techniques de Protection intégrée des cultures (PIC). Ces réseaux sont étudiés et formalisés en s’intéressant aux dialogues que ces viticulteurs ou céréaliers peuvent entretenir avec d’autres agriculteurs uniquement sur les pratiques viticoles ou celles de conduite des cultures.   

Deux choses ont pu être mises en évidence. D’une part, le lien qui existe entre la dynamique de mise en œuvre de pratiques respectueuses de l’environnement par les agriculteurs et la structure du réseau de dialogues professionnels dans lequel ils se sont insérés. D’autre part, le lien entre la structure du réseau et le fait que le rôle de pionnier, qui introduit des changements dans un milieu social, et celui de l’innovateur, qui les légitime, soient ou non joués par une seule et même personne ou distribués entre l’ensemble des membres d’un même réseau. Les réseaux que nous avons étudiés sont de forme « noyau / périphérie », avec un noyau dans lequel les interactions sont denses, et une périphérie connectée à ce noyau dans laquelle elles sont plus lâches. Les agriculteurs qui ont la plus forte dynamique de changement sont ceux qui se trouvent les plus fortement interconnectés au sein du noyau : par leurs échanges ils accèdent aux informations pertinentes, partagent des connaissances distribuées entre eux et élaborent les connaissances nécessaires à leur pratique.. Les membres des noyaux y forment une communauté de pratique et une communauté épistémique (communauté de connaissance). Ils possèdent des caractéristiques sociologiques communes et se distinguent des autres agriculteurs du réseau selon des critères variables d’un cas sur l’autre. De la même façon que les connaissances se trouvent distribuées au sein de ces noyaux, l’accès à la diversité du conseil technique (Chambre d’agriculture, coopératives ou négoces) présent sur la zone y est aussi réparti entre agriculteurs. Par leurs échanges, tous les agriculteurs d’un même noyau peuvent ainsi connaître les conseils des techniciens sans directement solliciter ces derniers.

La question du changement de pratiques des agriculteurs ne se réduit donc pas à une question d’appropriation par ces derniers de données mises à leur disposition par les conseillers agricoles. Une partie de la connaissance qui peut leur être utile n’est pas apportée par le conseil technique : elle émerge à travers les interactions qu’ils peuvent entretenir entre eux. Ces interactions leur permettent de connaitre ce que d’autres font, d’éprouver ces connaissances et de les agencer entre elles. Un tel constat doit orienter la façon même de penser l’intervention auprès des agriculteurs dans le développement agricole. A une période où est promue l’agroécologie et où il est, dans ce cadre, fait appel à la finesse agronomique des agriculteurs pour ajuster les techniques aux conditions locales de production, une attention particulière doit être portée à la constitution et à l’entretien de ces réseaux locaux. Il s’agit de pouvoir accompagner des collectifs d’agriculteurs afin qu’ils puissent être de vraies communautés épistémiques.

 

Contact : Claude Compagnone, UMR CESAER