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Rôle des animaux sauvages et de l'environnement dans la circulation de Mycobacterium bovis, agent de la tuberculose bovine

Le point sur la situation, dans le système multi-hôtes de la Côte d'Or

. © Inra, A Payne
Publié le 14/10/2015

La France est indemne de tuberculose bovine depuis 2001 (statut accordé par la CEE) mais la maladie est en recrudescence chez les bovins depuis 2004, notamment dans le département de la Côte d’Or. La bactérie responsable, Mycobacterium bovis, est un agent pathogène multi-hôtes pouvant infecter un grand nombre d’espèces différentes et capable de résister dans l’environnement. La lutte contre la maladie passe donc par une meilleure connaissance du rôle épidémiologique des espèces sauvages infectées, des modes de transmission entre hôtes et, notamment, de la contamination environnementale. Différentes études sont actuellement menées au sein de l’INRA de Dijon, visant à mieux comprendre les mécanismes de transmission de Mycobactérium bovis et le rôle de l’environnement.

 

La tuberculose bovine, due à Mycobacterium bovis (M. bovis), est une maladie touchant principalement les bovins mais elle peut également infecter d'autres animaux d’espèces et de genres variés y compris l'homme. En France, la baisse du nombre de foyers chez les bovins a conduit à l’obtention du statut officiellement indemne auprès de l’Union européenne en 2001, qui permet d’exporter sans contrainte sanitaire des bovins vers les autres pays membres. La conservation de ce statut représente donc un enjeu économique majeur dans la filière bovine française. Depuis 2004, cependant, on assiste à une recrudescence de la maladie chez les bovins avec une augmentation du nombre de foyers dans certains départements comme la Côte-d’Or, la Dordogne, les Pyrénées Atlantiques et les Landes. Dans ces départements, des espèces sauvages ont également été trouvées infectées et le génotypage des souches de M. bovis a mis en évidence la transmission interspécifique de l’infection entre hôtes domestiques et sauvages. Pour autant, les modes de transmission, et le rôle épidémiologique de ces populations sauvages sont peu connus. Des exemples à l’étranger ont montré qu’elles pouvaient constituer un réservoir de la maladie et être capables de la transmettre aux bovins. D’autre part, la bactérie est capable de résister dans l’environnement pendant une durée variable selon la matrice environnementale et les conditions de températures et d’humidité. Le rôle de l’environnement dans la transmission intraspécifique et interspécifique apparait donc comme un élément clé dans la circulation et la persistance de l’infection au sein d’une zone géographique. A ce jour, cependant, aucune étude n’a investigué, en France, la présence et la rémanence de M. bovis dans l’environnement.

 

  • Rôle épidémiologique des espèces sauvages infectées par M. bovis en Côte d’Or

Cette étude a fait l’objet d’une thèse universitaire au sein de l’Office nationale de la chasse et de la faune sauvage, qui s’est poursuivie par un post-doc de 17 mois à l’INRA de Dijon.

En Côte d’Or, M. bovis a été détecté chez le renard, le cerf, le sanglier et le blaireau. Le rôle épidémiologique des différentes espèces sauvages vis-à-vis de M. bovis sont régies par des mécanismes complexes liés à la relation entre l’hôte et la bactérie, à la biologie et à l’écologie de l’espèce, au contexte géographique et démographique. Pour déterminer ce rôle épidémiologique, différents paramètres ont été estimés pour chacune de ces espèces au sein de la zone infectée de Côte d’Or : leur niveau d’infection, leur capacité à excréter la bactérie, leur densité et le niveau d’interaction de ces espèces avec les bovins. Ce dernier paramètre a été estimé d’une part au moyen d’un suivi télémétrique de 11 sangliers et 11 blaireaux par colliers GPS et d’autre part, par un suivi de la fréquentation par la faune sauvage de sites en élevage au moyen de vidéosurveillance.

Les résultats ont montré que ces cerfs, sangliers et blaireaux étaient aptes à transmettre M. bovis aux bovins mais avec un risque variable selon la zone et l’espèce. Sur certains secteurs, le blaireau semble être l’espèce la plus à risque. D’autre part, les résultats ont permis d’identifier les sites les plus propices pour les contacts entre faune sauvage et bovins pouvant conduire à la transmission de M. bovis. Des propositions de mesures de gestions ont ainsi pu être émises. L’application de ces mesures a été mise en œuvre pendant le post-doc en collaboration la cellule interrégionale d’épidémiologie vétérinaire (CIREV). Elles ont consisté à réaliser des enquêtes sur les parcelles d’élevages foyers afin de recenser les points à risque pour les contacts faune sauvage-bovins et à mettre en place un protocole visant à évaluer l’efficacité de mesures de biosécurité sur les pâtures. Les analyses poursuivies pendant le post-doc ont également permis de déterminer dans quelle mesure les souilles et places d’agrainage pouvaient être des lieux d’agrégation des différentes espèces sauvages sensibles à M. bovis et donc contribuer à la transmission de l’infection  au sein de la communauté d’hôtes sauvages.

 

  • Prévalence et circulation de M. bovis dans l’environnement des bovins et des animaux sauvages infectés

La transmission indirecte de la bactérie par le biais de l’environnement est suspectée dans quelques cas bovins en Côte d’Or. Une thèse universitaire est actuellement en cours à l’INRA de Dijon sur cette thématique. Après la mise au point préliminaire de méthodes de détection moléculaire (PCR et PCR quantitative) de M. bovis dans les matrices environnementales complexes, des échantillons environnementaux ont été prélevés dans la zone endémique de Côte d’Or en ciblant les lieux partagés par les bovins et la faune sauvage (zones naturelles ou artificielles d’abreuvement des bovins, zones de nourrissage, terriers de blaireaux dans ou à proximité des pâtures). Les premiers résultats confirment que l’ADN de M. bovis est parfois retrouvé dans l’environnement des bovins ou des animaux sauvages infectés, notamment dans l’eau et les sédiments de sources partagées par les différentes espèces, dans les sols de terriers et fèces de blaireaux. Toutefois, les méthodes utilisées ne donnent pas d’informations sur la viabilité et le pouvoir infectant de la bactérie.

Dans le cadre de cette thèse, des études expérimentales sont également en cours pour préciser l’impact des caractéristiques physico-chimiques du sol et de la température sur la durée de survie de M. bovis, ainsi que le rôle de la macrofaune du sol, et plus particulièrement les lombrics qui consomment les déjections animales et sont eux-mêmes consommés par les blaireaux et les sangliers, sur le transfert et la dissémination de la bactérie dans l’environnement.

 

Ces travaux apportent de nouvelles connaissances sur le cycle épidémiologique de M. bovis dans le système multi-hôte complexe de la Côte d’Or. Ils permettent d’améliorer les mesures de lutte contre cette maladie, notamment en termes de biosécurité dans les élevages. 

 

Contact : Ariane Payne et Elodie Barbier, UMR Agroécologie

 

Biches et faons observés sur une souille (Photo issue de la vidéosurveillance : ONCFS A. Payne). © Inra, A Payne
Biches et faons observés sur une souille (Photo issue de la vidéosurveillance : ONCFS A. Payne) © Inra, A Payne